Crise de goutte et colique néphrétique – Hyperuricémie

par le Docteur Alain François

L’hyperuricémie est une augmentation de la concentration sanguine en acide urique. C’est un produit de dégradation de substances appelées purines. Elles proviennent de nos propres cellules mais aussi de l’ingestion de certains aliments. Normalement élimé par les reins, l’acide urique (non pas l’urée) présent en excès dans le sang induit, si les conditions s’y prêtent, la formation de cristaux en différents endroits du corps : orteils et doigts, genoux, coudes, poignets, reins… provoquant les très douloureuses crises de goutte et les insupportables crises de coliques néphrétiques (« crises de reins »).

Ce fléau frappe plus volontiers l’homme que la femme (dans 9 cas sur 10) jusqu’à la ménopause. L’hérédité joue également un rôle dans 15 à 20% des cas ainsi que le stress.

Maladie ancienne, presqu’oubliée mais pas bénigne, la goutte revient sur le devant de la scène (doublée en 30 ans) par

A. le vieillissement de la population

B. l’augmentation du niveau de vie global (alimentation plus riche) et du nombre de personnes obèses ou en surpoids, avec l’élévation du nombre de cas de diabète, d’insuffisance rénale, particulièrement d’hyperlipidémie, d’hypertension artérielle… 

C. les erreurs diététiques et l’évolution de l’hygiène alimentaire

D. la prise de certains médicaments (l’aspirine à faible dose, les diurétiques principalement, les cytotoxiques, la cyclosporine, le tacrolimus …) et l’administration de la radiothérapie

E. certaines maladies qui augmentent la production endogène d’acide urique (catabolisme des nucléoprotéines augmenté) : certains cancers, psoriasis sévère,…

Il faut noter que toutes les personnes présentant un taux excessif d’acide urique dans le sang ne font pas forcément une crise de goutte. Seuls 5 à 10% des hyperuricémiques développeront des symptômes d’autant plus probablement que la concentration sera élevée. 1 à 2 % de la population souffrent de la forme chronique de la maladie l’exposant à ses redoutables complications.

Ce sont ces personnes qui méritent de la part du corps médical une attention particulière. La prévention des épisodes critiques récidivants s’obtient surtout par un traitement médicamenteux, mais aussi par une réorientation dans les choix alimentaires.

Le traitement médicamenteux est le plus efficace. Il évite les complications liées aux crises répétées. Le plus souvent, l’allopurinol prescrit – en principe à vie – fait baisser le taux d’acide urique, ce qui provoque la dissolution des cristaux et prévient leur formation. Ce but est atteint en maintenant son taux sanguin en dessous du point de saturation pour l’urate monosodique à moins de 6 mg/dl. L’assiduité dans la prise du médicament revêt un caractère essentiel. Le facteur alimentaire ne représente qu’environ 10% de l’apport en purines et un régime qui en est exempt est quasi impossible à obtenir. Cependant, certains aliments en sont particulièrement chargés et risquent d’entraîner un déséquilibre déterminant.

En résumé, la préférence sera donnée aux fruits et aux légumes aux dépens des viandes et des produits laitiers pas trop gras. Bannir les boissons alcoolisées, surtout la bière (le vin n’augmente par l’uricémie) et les boissons riches en fructose (soda – jus de fruits) et préférer les eaux alcalines (bicarbonatées) comme Hepar, Apolinaris, Badoit, Contrex … aux moins deux litres par jour.

Aliments très riches en purines : interdits

Les abats (cervelle, foie, rognons, ris de veau, langue, cœur, tripes…), les charcuteries, oie, anchois, sardines, harengs, levure, levain, caviar.

Aliments riches en purines : à consommer modérément

Les viandes : bœuf, veau, mouton, porc, canard, lapin, gibier (150g de viande par jour suffisent !). Les viandes bouillies perdent une partie de leur purines.
Les crustacés et les huîtres. Les poissons tels que saumon, aiglefin, truite, cabillaud, perche, elbot, carpe, brochet, saur, congre, sole ,..
Les fromages fermentés, le pain complet, les champignons, pois, haricots, épinards, asperges, pindas, flocons d’avoine.

Aliments pauvres en purines : pas de restriction

Pommes de terre, pain blanc, beurre, cacao, pâtes, œufs, jus de fruits, gélatine, céréales, les légumes en général et leur jus, miel, fromages, café, huiles, lait et produits laitiers non fermentés, noix, riz, thé, tomates, graines, confitures et toutes les farinés blutées.          

Attention aux périodes de jeûne prolongé. Prenez un petit déjeuner en commençant votre journée et ne sautez aucun repas. Maigrir, oui mais progressivement, en évitant les régimes trop sévères capables de provoquer une nouvelle crise.

Au stade chronique, la goutte peut engendrer des déformations articulaires et une impotence importantes, sans parler des complications rénales redoutables. Un suivi régulier chez votre médecin traitant et le respect de ces quelques conseils vous éviteront ces déboires sans interférer avec une vie parfaitement normale.  

Références  
La prise en charge de la goutte
Fiche de transparence 06/2010
http://www.cbip.be/pdf/TFT/TF_Gout.pdf Goutte. Article ID : ebm00451 (021 .050)
www.ebmpraticenet.be (site réservé aux médecins)
La goutte. Rev Med Liège 2004 ; 59 : 274-280